Bienvenue, Invité. Veuillez vous connecter ou vous inscrire.
09 Septembre 2010 - 01:17:36

Connexion avec identifiant, mot de passe et durée de la session
Rechercher:     avancée
978 Membres
Dernier membre: vezin
* Accueil Aide Rechercher Calendrier Identifiez-vous Inscrivez-vous
Parlons jeux ...  |  Jouer !  |  Les jeux de société  |  Fil de discussion: Jeux de cartes
Pages: 1 [2] 3
Imprimer
Auteur Fil de discussion: Jeux de cartes  (Lu 5646 fois)
Laurent36
Loquace
***
Messages: 81



WWW
« Répondre #15 le: 21 Février 2008 - 09:09:38 »

Il faut savoir : Laurent, c'est quoi cette règle ?

Malheureusement mon oncle est décédé et je n'ai pas de trace me permettant de remonter aux origines de ce jeu qui ont d'ailleurs du se perdre depuis longtemps...

Ce que je peux faire c'est contacter le fils de mon oncle qui retrouvera peut être des traces dans les archives familiales (notamment du document d'origine transmis à J&S et des autres variantes de règles) ou qui pourra nous faire partager ses souvenirs...

Et bravo pour toutes ces éruditions !

Journalisée
Laurent36
Loquace
***
Messages: 81



WWW
« Répondre #16 le: 21 Février 2008 - 16:29:05 »

J'ai fait rapidement une recherche sur le web avec "bête hombrée" le résultat est assez surprenant :

PETIT LEXIQUE DU CRÉOLE HAÏTIEN 2nd. ed. 2005
www.potomitan.info/vedrine/lexique.pdf
LABÈT la-bèt .n. Jeu de cartes, d’origine espagnole. En français: «la bête hombre». Ce
jeu a été introduit à Saint-Domingue où il fut le passé-temps des colons.

http://fr.wikisource.org/wiki/Fragment_de_lettre_de_M._Franc-Nohain
... tout blasé que vous êtes, je doute fort que vous ne prissiez plaisir à une partie de bête hombrée avec mademoiselle Charras, que nous appelons, ...

http://fr.wikisource.org/wiki/Jacquou_le_Croquant_-_V
... à un repas, il ne passait pas la nuit avec les autres, à jouer à la bouillotte ou à la bête hombrée ; il trouvait une raison honnête pour se retirer. ...

http://www.atoutsavoir.com/idx_ecriture-pgcd-cGc9aW1nJmlkPTEz.html
Bête hombrée : jeu de cartes qui se joue à 2, 3, 4, 5 personnes, inspiré de l'hombre, jeu de cartes espagnol très en faveur en France au XVII siècle.

www.inlibroveritas.net/lire/oeuvre14285.html?jumpto=387
... on allait faire une longue promenade pour aider la digestion, et en rentrant on ferait une partie de bête hombrée pour attendre le repas du soir qui se ...

http://www.reponses-internet.com/bete.htm
Bête hombrée (La) (Jeux de cartes). C’est tout à la fois une variante et un diminutif du jeu de l’hombre (Voy. Hombre). On y joue à 2, 3, 4 ou 5 personnes ...

http://jydupuis.apinc.org/vents/Pergaud-boutons.pdf
voisins, ils se mettent à blaguer, à jouer à la bête hombrée, à. casser des noix, à manger de la “cancoillotte”, à boire des. litres, à licher des gouttes, ...



Journalisée
Paul
Loquace
***
Messages: 540



« Répondre #17 le: 22 Février 2008 - 21:38:42 »

http://jydupuis.apinc.org/vents/Pergaud-boutons.pdf
voisins, ils se mettent à blaguer, à jouer à la bête hombrée, à. casser des noix, à manger de la ?cancoillotte?, à boire des. litres, à licher des gouttes, ...

Ça alors, on joue à la bête ombrée dans La Guerre des Boutons ! Il faut que je rerererelise ce bouquin de toute urgence.
Je découvre du même coup que le roman date de 1912, et non des années 20 comme je le croyais dur comme fer. Un livre si moderne ! Mais peut-être que ce sont les gosses, qui de tout temps, sont modernes.
Merci pour ce lien vers la "la bibliothèque électronique du québec" qui permet de télécharger des œuvres, ma fois assez joliment mises en page. (La page d'accueil, en revanche, ne laisse pas d'interloquer !)
Louis Pergaud est mort en avril 1915 sur le front. son corps n'a jamais été retrouvé.
Journalisée

Ph.lalanne
Philippe
Loquace
***
Messages: 415



WWW
« Répondre #18 le: 23 Février 2008 - 14:39:39 »

"la bibliothèque électronique du québec"
Le lien vers la bibliothèque électronique du Québec était bien sur mon site, mais à l'évidence pas très apparent. [edit du 23 fév 2008 à 18h00 : et pour cause, comme me fait remarquer Paul, cette "bibliothèque électronique" n'est pas sur mon site ; je rajoute qu'elle n'y figurera pas étant donné le ton de sa page d'accueil]

Dans cette la collection d'ouvrages numérisés de la Bibliothèque et Archives nationales du Québec [edit du 23 fév 2008 à 18h00] on trouve un ouvrage particulièrement intéressant concernant les jeux : le Dictionnaire des jeux de Jacques Lacombe (1792). Les règles des jeux de la bête et de la bête ombrée s'y trouvent très bien exposées. (Lacombe écrit bien "ombrée" au lieu de "hombrée")

Pour les liens voir : http://trictrac.aquitain.free.fr/liens.htm#dicos

La règle de la bête hombrée exposée par Jacques Lacombe est très en rapport avec le jeu de l'hombre. On y retrouve notamment : les 3 niveaux d'enchères (demande, sans-prendre et vole annoncée) avec la priorité dans la procédure d'annonce au joueur venant avant ; les matadors et leur paiement ; le système de paiement de la bête ; la possibilité de gagner codille ; la manière de régler le paiement de la vole.

La règle de Laurent apparaît bien comme une évolution de cette règle comme le Médiateur était une évolution du Quadrille.
Journalisée

Paul
Loquace
***
Messages: 540



« Répondre #19 le: 23 Février 2008 - 15:46:17 »

Formidable ce dictionnaire de Jacques Lacombe, et très simple à consulter : l'affichage se fait par chapitre.
Les règles, qui plus est ? en tout cas pour celles que j'ai lues ? sont plutôt bien exposées.

En revanche la BeQ ? Bibliothèque électronique du Québec" ?, à laquelle renvoyait Laurent n'a rien à voir avec le site, très officiel, des Bibliothèques et archives nationales du Québec.
Il s'agit d'un site privé, créé par un certain Jean-Yves Dupuis qui semble partager son temps entre deux activités essentielles : constituer une bibliotthèque en ligne d'ouvrages relevant du domaine publique (près d'un millier de titres disponibles) et insulter, toujours en ligne, la police du Québec, qu'il soupçonne fortement de vouloir l'assassiner.
Journalisée

Ph.lalanne
Philippe
Loquace
***
Messages: 415



WWW
« Répondre #20 le: 23 Février 2008 - 18:04:38 »

Merci Paul, bien vu, et j'ai édité en conséquence mon message.
Journalisée

Laurent36
Loquace
***
Messages: 81



WWW
« Répondre #21 le: 30 Mars 2008 - 00:08:20 »

Voilà, je viens de mettre un nouvel article sur mon blog :
http://laurent36.vox.com/library/post/la-b%C3%AAte-hombr%C3%A9e-1.html

C'est le texte original et intégral rédigé par mon oncle (né en 1907 et mort il y a une dizaine d'année) en 1976.

Vous y trouverez peut être des compléments par rapport à l'article de Jeux et Stratégie pour établir les filiations entre "notre version familiale" de la bête hombrée et les jeux de carte populaires au XVII  et XVIII ème siècle.

J'ai rejoué à ce jeu cette après midi (ma dernière partie devait dater d'il y a environ 20 ans...). C'est toujours aussi agréable.

Par ailleurs, le fils de mon oncle m'a promis de faire des recherches dans ses archives pour essayer de trouver d'autres éléments, mais ce ne sera pas avant l'été.

Bonne lecture,
Journalisée
Paul
Loquace
***
Messages: 540



« Répondre #22 le: 30 Mars 2008 - 03:02:08 »

Très émouvant, ce texte ! Surtout quand on a la fibre berriaude, comme dit l'oncle Jean.
En outre les exemples de parties sont très éclairants (même si je ne vois pas trop dans l'exemple 3 comment Nord peut réaliser son contrat).
La liste de locutions courantes est également un délice.
"C'est pas les pus battues, les pus contentes !" ? ma tante Suzanne disait ça elle aussi. Au reste, en Berry, on ne battait guère les cartes, à la belote c'était même défendu, jusqu'au moment où les joueurs d'un commun accord décidaient de les mélanger un peu (généralement quand tout le monde avait passé).
Le système de la bête me paraît un peu dénaturé : l'idée originelle est de payer, quand on perd, le montant la corbeille. Le contenu de celle-ci devrait donc enfler, et c'est la dernière bête inscrite qui devrait être rayée en cas de gain. Le système décrit ici vise sans doute à limiter les pertes des joueurs en évitant que la bête enfle trop (le Berry est la plus belle province de France, comme chacun sait, surtout aux environs du Magny et de Chassignole, allez, mettons même autour de Sarzay (quoi ? vous ne connaissez pas le château de Sarzay, cette spendeur médiévale ?), ce n'est pas la plus riche, hélas).
Le fait de pouvoir reprendre une annonce à son compte existe aussi dans le jeu russe de la Préférence. Je ne sais plus c'est aussi le cas pour l'Hombre.
La Bête hombrée, cela dit, tient plus de la Bête que de l'Hombre. Disons que c'est une Bête ombrée d'Hombre.
Merci mille fois à l'oncle Jean et à ses aïeux, et à son neveu qui a eu la bonne idée de publier cette règle.
Journalisée

Laurent36
Loquace
***
Messages: 81



WWW
« Répondre #23 le: 30 Mars 2008 - 10:22:15 »

Un petit complément sur la Bête hombrée familiale :

http://laurent36.vox.com/library/post/la-partie-de-b%C3%AAte-hombr%C3%A9e.html

Pour la petite histoire, je suis né à La Châtre, mon oncle Jean habitait au Chassin (commune de Tranzault) et mon arrière grand père, le frère d'Arthur dont il est question dans le texte acheta en 1910 une exploitation avec au milieu un donjon médiéval... C'était le château de Sarzay. je tiens à votre disposition un historique assez détaillé sur le château... Je le mettrai certainement un jour sur mon blog.


Par ailleurs, le système de bêtes utilisé qui vise à rayer la première marquée (la plus ancienne par ordre d'apparition) et à conserver les autres a pour conséquence de les faire augmenter assez rapidement... Le propriétaire de la bête à annuler sera tenté de prendre plus de risque pour ne pas la payer et souvent en marquera une autre plus importante encore. Il y a donc bien un effet boule de neige.
Journalisée
Paul
Loquace
***
Messages: 540



« Répondre #24 le: 30 Mars 2008 - 16:17:22 »

Le château de Sarzay est une des plus belles choses qui soit en France. posé au milieu des prés, là où autrefois sans doute s'étendait un lac. Le nouveau propriétaire a dégagé les douves et mis à jour quelques pans de murs et autres vestiges de tours. Comme il ne parle pas bien le berrichon, malheureusement, et entend sans doute mal la pyschologie complexe des gens de cette terre, il semble s'être mis à dos une bonne partie du pays, tout au moins au début. N'empêche, on peut même dormir au château à présent, en s'y prenant un peu à l'avance.

Quand je dis "dénaturé", c'est une manière de parler, bien sûr. Ce système de bête en vaut un autre, et pour ma part j'apprécie son côté modéré, justement, un peu protecteur, en fait. C'est le sentiment que j'ai, quand je retourne à la Châtre, celui d'être à l'abri des mauvais coups.
Donc certes, la bête enfle par le risque que prennent les joueurs, mais non plus mécaniquement, par progression arithmétique, comme à l'Hombre.
Journalisée

Ph.lalanne
Philippe
Loquace
***
Messages: 415



WWW
« Répondre #25 le: 31 Mars 2008 - 00:50:47 »

Je ne peux pas mieux faire que reprendre à mon compte les propos de Paul concernant les textes que vous nous offrez en lecture, Laurent. Je me retrouve bien dans ce besoin de faire perdurer ou renaître des traditions et c'est ce que je tente de faire modestement par le biais de mon site et aussi directement. D'ici peu, je devrais inaugurer au sein d'une association locale un atelier "jeux oubliés" et probablement alors nous pourrons y reconstituer votre jeu de la bête hombrée.

Pour ce qui est de la bête, il y a une différence importante entre la bête hombrée et le jeu de l'hombre. Au premier, il n'y a pas de mise initiale sur les coups et la bête est en relation directe avec le montant lié au contrat, tandis qu'au jeu de l'hombre les joueurs mettent des jetons en enjeu au début de chaque coup constituant ainsi une poule. A cette poule est ajoutée d'abord la première bête faite puis quand elle est tirée, avec la poule, on ajoute toujours la plus forte du moment, et elle y reste jusqu'à être tirée, et ainsi de suite en mettant toujours la plus forte jusqu'à épuisement des bêtes, puis on recommence la procédure par la première bête. La bête étant ainsi la mémoire de la dernière poule, son augmentation suit le montant des jetons mis à la poule sur chaque coup. Un peu difficile à expliquer.
Ce lien de la bête aux mises des joueurs n'empèche pas que comme à la bête hombrée il y ait des paiements entre joueurs sur chaque coup, liés à la réussite ou à l'échec du contrat, mais à la bête hombrée seuls ces paiements génèrent la bête ce qui fait que les augmentations ne sont pas graduelles, alors qu'au jeu de l'hombre ces paiements ne sont pas comptabilisés dans la bête.

Les matadors : je note que les matadors (de 3 à 5) doivent être annoncés pour compter dans les paiements. Ceci n'a pas lieu d'être au jeu de l'hombre pour lequel leur paiement doit simplement être réclamé à la fin du coup. Ceci m'a rendu perplexe concernant le jeu de l'hombre mais en lisant les règles du Quadrille (hombre à quatre), il n'y a pas de doute, le meilleur enchérisseur pouvant avoir un partenaire, les matadors peuvent être répartis dans les deux mains et  il ne saurait donc être possible de les annoncer.
Par contre, l'utilisation des nombreuses prétintailles optionnelles (hasards comme 4 rois en mains...) du jeu de l'hombre n'est pas explicitée et alors je pense que comme à la bête hombrée on devait en faire les annonces.

Il ya deux petites erreurs de retranscription que j'ai relevées dans le premier texte de Laurent :
1. Dans l'exemple 3, cité par Paul : il y a trois cartes en double (roi et dix de coeur, dame de carreau) et trois cartes manquantes (roi et dix de carreau, dame de trèfle).
2. Dans le chapitre "Pinandèles", l'article cité 3.5.3.1 n'existe pas.

Concernant les Pinandèles, je ne comprends pas très bien le principe qui est dit équivalent aux bêtes. Une petite précision ?

Merci encore Laurent pour ces beaux articles et pour le magnifique château de Sarzay... son site officiel http://www.sarzay.com
Journalisée

Laurent36
Loquace
***
Messages: 81



WWW
« Répondre #26 le: 31 Mars 2008 - 21:50:21 »

Décidément, il faudra que je mette des éléments sur le Château de Sarzay sur mon Blog...

J'ai corrigé les erreurs dans la dernière donne et les renvois.

A propos des pinandèles :
D'après ce que j'ai compris de la règle de la Bête hombrée, la pinandèle est mise au centre de table quand personne ne prend (elle est donc composée de 8 Sous). Cette somme revient au 1er joueur qui réalise son contrat... Mais effectivement, je me pose la question de son affectation sur le tableau des bêtes :

1) si c'est la première bête marquée, on marque 8 sous et ces 8 sous sont gagnés par le premier à faire un contrat

2) si ce n'est pas la 1ère bête marquée, je ne vois pas comment cela fonctionne effectivement (j'ai rejoué samedi après midi, mais nous n'avons jamais payé de Pinadèle)

Pour s'en sortir, il faut imaginer une colonne "Bête" et une colonne "Pinandèle" sur la table de marque

Exemple de table de marque :

Joueurbêtepinandèle
Nord20
Sud32


Il y a un tour pour rien on marque alors une pinandèle de 8

Joueurbêtepinandèle
Nord20
Sud32+8

On fait encore un tour et Ouest ne réalise pas son contrat de 4 en belle (Bête de : 4x4x2 = 16) que l'on ajoute à la belle + la pinandèle. Sa bête est alors de 16 + 32 + 8 = 56

Joueurbêtepinandèle
Nord20
Sud32+8
Ouest56

Il y a à nouveau un tour pour rien... On marque une deuxième pinandèle :

Joueurbêtepinandèle
Nord20
Sud32+8
Ouest56+8

Et ainsi de suite...

Celui qui gagnera la bête de Sud remportera la première pinandèle et celui qui remportera la bête d'Ouest remportera la deuxième pinandèle. Mais cette solution ne colle pas à la règle...

Ou alors la bête de Sud est augmentée de 8 et celle d'ouest aussi... Et la pinandèle (là de 16) est gagnée par le 1er joueur qui réalise un contrat et gagne une bête... Cette deuxième solution me semble plus conforme à l'esprit de la règle.

On gèrerait alors la table de marque comme ça :

Joueurbête
Nord20
Sud32 40
Ouest56 64


Je ne vois pas d'autre solution évidente... Mais je vais demander à mon cousin, peut être se souvient-il mieux que moi...


Journalisée
Laurent36
Loquace
***
Messages: 81



WWW
« Répondre #27 le: 31 Mars 2008 - 23:19:49 »

Lors de nos premiers échanges sur la Bête hombrée familiale, Philippe me disais que ce jeu devait plutôt dériver de Jeu de la Bête... J'ai donc mis mon né dans Google et j'ai trouvé ça :

Le jeu de la bête
(où l’on observera quelque rapport avec la bêtise)


La Bête est un jeu de levées avec atout, joué en France pendant les XVIIe et XVIIIe siècles [1]. Toutes les références que nous avons trouvées se situent entre 1637 et 1790 [2]. Mais, dès le dernier tiers du XVIIe siècle, la Bête avait été supplantée, comme jeu des bonnes compagnies « ordinaires et privées » de la capitale, par son parent espagnol plus distingué, l’Hombre, et avait été reléguée dans les provinces. Son heure de gloire se situa, en France et en Angleterre [3], vers 1660-1670. C’est l’époque où Dangeau s’appliquait « à savoir parfaitement tous les jeux qu’on jouait alors : le piquet, la bête, l’hombre, grande et petite prime, le hoc, le reversi, le brelan, et à approfondir toutes les combinaisons » (Saint-Simon). Boileau semble un peu en retard quand, en 1692, dans la Satire X, il raille une femme qui « à la beste gémit d’un roi venu sans garde ».

Les règles
Les premières règles ont imprimées dans La Maison académique des jeux de 1659 (où l’Hombre ne figure pas encore), sous le titre « Le Jeu de l’Homme autrement dit la Beste ». Les règles fournies par l’Académie universelle des jeux, dès la première édition de 1718, sont plus détaillées. Celles du Dictionnaire des jeux de Lacombe (Encyclopédie méthodique, 1792) sont les plus claires [4]. Il existe de petites différences entre ces règles mais les principes, dont certains font la nouveauté du jeu, sont invariables.
D’un paquet de 36 cartes, on donne cinq à plusieurs joueurs (de trois à sept, « mais la manière la plus belle est à cinq ; on le joue gracieusement à trois aussi »). La carte suivante, retournée, indique la « triomphe » (la couleur d’atout). Le premier joueur annonce s’il « fait jouer » ou s’il « passe ». Dans le premier cas il s’engage à faire au moins trois levées sur cinq (ou simplement les deux premières, à condition qu’aucun autre joueur n’en fasse trois). Dans le second cas, les autres joueurs peuvent tour à tour annoncer qu’ils font jouer ou qu’ils passent. On est obligé de fournir de la couleur jouée ; de couper si l’on ne peut fournir ; et de surcouper le cas échéant. Si le joueur qui a fait jouer remplit son contrat, il ramasse la mise. Sinon ; il ajoute à la mise une pénalité équivalente à ce qu’il aurait gagné.
Outre l’idée de contrat, la seconde originalité du jeu est le « contre » : après qu’un joueur a annoncé qu’il fait jouer, un autre joueur peut s’engager à faire lui-même les trois levées exigées [5]. Jeu « d’attention et de pratique », la Bête combine ainsi la chance (car mieux vaut avoir un beau jeu) et la capacité à évaluer cette chance. Mais elle exige une seconde compétence, d’ordre stratégique, puisqu’il convient de nouer des alliances temporaires contre le joueur qui a fait jouer, ou contre celui qui a fait contre.

Le nom
« On a, dit-on, appelé ce jeu de la sorte, à cause que croyant souvent gagner en faisant jouer on perd : mais je ne puis comprendre pourquoi par un contraste si grand, on l’appelle aussi l’homme, à moins que l’on ne nous ait voulu faire entendre par là que l’homme, qui est un être raisonnable et qui cependant se prévient en sa faveur, devient semblable à une bête lorsqu’il est déchu des espérances qu’il croyait bien fondées, comme lorsqu’un joueur fait jouer un jeu et que contre son attente il perd, mais ce n’est pas ici le lieu de philosopher » [6].
Le nom du jeu implique donc une conception assez montaignienne de la bêtise, laquelle consiste moins en une lacune intellectuelle (la bêtise par exemple de celui qui joue la mauvaise carte) qu’un défaut moral (la bêtise de celui qui croit son jeu meilleur qu’il ne l’est). C’est la prétention à viser trop haut, au-delà du sort qui nous est échu, que dénonce le nom du jeu.

Faire la bête
Mais la Bête n’est pas simplement le nom du jeu, c’est aussi « une sorte d’amende à laquelle chaque joueur est soumis en différents cas ». Il y a en fait deux cas. Le premier est celui où le joueur qui fait jouer ne réalise pas les trois levées prévues : on punit son outrecuidance. Le second est celui où un joueur « renonce » (ne joue pas la couleur ou la carte qu’il est tenu de jouer) : on punit son inattention (ou sa malhonnêteté).
On « fait la bête » quand on paye cette amende [7] ; on « tire la bête » quand on gagne la somme perdue par un joueur au tour précédent ; on « remonte sur sa bête » quand on regagne ce qu’on avait soi-même perdu.
On a d’abord fait l’âne [8] puis la bête au jeu de l’Homme (renommé jeu de la Bête dans la première moitié du XVIIe siècle, par métonymie), puis à l’Hombre, au Reversi, au Médiateur, au Mariland, au Whist bostonien... La bête a pris dans d’autres jeux le nom d’un animal spécifique : le loup (ou loo), ou la mouche.

Métaphores
Comme presque tous les termes de jeu, le vocabulaire technique de la Bête est entré dans le langage courant de façon figurée, et pas toujours perceptible pour le lecteur moderne.
Avec l’expression « jouer à la Bête », c’est le jeu lui-même qui a servi de comparant, de deux façons. Tantôt on a joué sur la connotation d’activité sexuelle contenu dans le terme de bête : « les brelans y sont ouverts à toute sorte de personnes, où communément les femmes jouent à l’homme, et les hommes à la bête » (Aubignac, Relation véritable du royaume de la coquetterie, 1655). Ici la référence au jeu n’est pas nécessaire pour comprendre la phrase, mais elle fournit l’alibi d’une lecture non érotique. Tantôt, loin de toute idée d’animalité, on a retenu la nature d’un jeu de fine stratégie. Ainsi, sous la plume du journaliste jacobin Laussel : « On joue à la Bête la mairie qui doit vaquer ; nous avons dit passe : lorsqu’on jeu absolument gagner la partie, on doit piper un peu plus finement les cartes » (Journal du Département de Rhône et Loire, n°4, novembre 1790).
« Remonter sur sa bête » a connu une certaine fortune métaphorique. Selon le Dictionnaire de Trévoux (ed. 1734) : « on dit proverbialement, remonter sur sa bête, non seulement dans le jeu quand on gagne le coup suivant, après celui où on a fait la bête, ce qu’on avait perdu, mais aussi quand on a rétabli sa fortune ruinée, réparé une perte qu’on a faite ». Et Littré de citer Retz : « Le Cardinal serait-il assez innocent pour ne pas se servir de cette occasion pour remonter sur sa bête ? ». Il s’agit évidemment d’une métaphore, mais d’une métaphore à double détente qui ne renvoie à l’équitation que via la référence au jeu de cartes (détour dont l’expression moderne équivalente - se remettre en selle - fait l’économie).
Quant à « faire la bête », l’expression a également été souvent métaphorisée, et on la retrouve jusque chez Pascal : « L’homme n’est ni ange ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l’ange fait la bête » (Brunschvicg 358). Cette affirmation fameuse, écrite au moment de la plus grande popularité du jeu, ne semble pouvoir vraiment fonctionner que si l’on admet la syllepse, c’est-à-dire la présence simultanée de deux sens du mot bête. D’une part parce que le sens de « payer le prix dû pour avoir présumé de ses forces » était alors bien attesté [9] et probablement répandu parmi les joueurs amis de Pascal (Méré, grand amateur d’Hombre, pour ne citer que lui) ; d’autre part parce qu’il n’y a en revanche guère de preuve que le sens de « se comporter en animal » ait quant à lui été courant. Même si l’on se refuse à croire Pascal coupable d’un tel jeu de mots, celui-ci s’est certainement présenté à l’esprit de ses lecteurs, au moins pendant deux siècles. Il est donc indissociable de l’histoire de la réception des Pensées.

(Denis Reynaud,
pour la journée d’étude « Formes et figures de la bêtises »,
Institut d’histoire de la pensée classique, Lyon, 26 mai 2007)

[1] L’étude de référence sur l’histoire les jeux de la famille de l’hombre est Thierry Depaulis, « Un peu de lumière sur l’hombre » (The Playing-Card, mai-août-nov. 1987) ; voir notamment la section 4. 2 : « L’homme ou la bête, un irritant problème ». Voir aussi David Parlett, A History of Card Games, 1991, p. 184-185, qui souligne quant à lui la parenté avec la Triomphe et l’Ecarté.

[2] Daniel Martin, Parlement nouveau, ou centurie interlinaire, Strasbourg, 1637. Mais dès 1627, le même auteur avait évoqué le jeu de « l’homme » dans ses Colloques françois et allemands.

[3] Sous le nom de Beast (Cotton, The Compleat gamester, 1674, ch. xxv) ; Bäte ou Labet en Allemagne ; bestia en Italie.

[4] Voir aussi des règles anglaises de c. 1670 dans Francis Willughby’s Book of Games, Ashgate, 2003, « Beast, or le Beste », p. 151-153.

[5] On disait « faire le contre » (Cotgrave, 1611), ou « faire contre » ; le verbe contrer n’est pas attesté en français avant le XIXe siècle (1838 selon Le Robert historique), mais on trouvait déjà « to counter » dans les règles de Willughby.

[6] Académie universelle des jeux, 1777, I, 311-312.

[7] Antoine Oudin donne le verbe bester : « faire la beste au jeu de l’Homme ». En anglais faire la bête se dit « to be beasted » (cf. Arbuthnot, John Bull), en italien « imbastar l’asino ».

[8] « Faire (l’asne). To play th’Asse ; and particularly in a kind of card-play, to loose a double stake, by loosing a game which he undetook to win » (Cotgrave, 1611) : il s’agit de la première référence, indirecte, au jeu qui nous occupe ici.

[9] « Le plaisir est à faire faire la beste à celui qui entreprend de jouer sans bon jeu, ou bien sans l’adresse de le bien conduire » (Daniel Martin, op. cit., 1637, ch. 74).

Il y a aussi une autre description de ce jeu à cette adresse :
http://portail.atilf.fr/cgi-bin/getobject_?a.9:571:4./var/artfla/encyclopedie/textdata/IMAGE/
Journalisée
Ph.lalanne
Philippe
Loquace
***
Messages: 415



WWW
« Répondre #28 le: 01 Avril 2008 - 00:22:34 »

Pour compléter la référence de Laurent, quelques liens en rapport avec le texte de Denis Reynaud :

La plus nouvelle académie universelle des jeux, 1721 contient les deux appellations "homme" et "bête" : ---> ICI

Académie universelle des jeux, 1730 contient l'anecdote concernant l'appellation "bête" : ---> ICI

Le dictionnaire des jeux de Lacombe, 1792 : ---> ICI


Et... Denis Reynaud jouant au trictrac : ---> ICI  et je profite de l'occasion pour vous indiquer le forum Yahoo sur le Trictrac auquel je participe depuis ses débuts et où j'ai pu échanger des idées et connaissances sur ce jeu avec Denis Reynaud et Thierry Dépaulis notamment.
Journalisée

Laurent36
Loquace
***
Messages: 81



WWW
« Répondre #29 le: 04 Avril 2008 - 23:30:21 »

Suite à nos multiples discussions sur la Bête hombrée, j'ai aussi contacté le musée des cartes à jouer d'Issy les Moulineaux. Ils ont transmis mon message à Thierry Depaulis qui m'a promis de jeter un coup d'oeil sur mon OCNPI : 'objet cartomanique non pleinement identifié...).

A+

Laurent
Journalisée
Pages: 1 [2] 3
Imprimer
Parlons jeux ...  |  Jouer !  |  Les jeux de société  |  Fil de discussion: Jeux de cartes
Aller à:  

Propulsé par MySQL Propulsé par PHP Powered by SMF 1.1.8 | SMF © 2006-2008, Simple Machines LLC XHTML 1.0 Transitionnel valide ! CSS valide !